L’ingénieur Ahmed Akakpo Victor appelle à une nouvelle stratégie d’assainissement pour éviter efficacement les inondations à Lomé
Société

L’ingénieur Ahmed Akakpo Victor appelle à une nouvelle stratégie d’assainissement pour éviter efficacement les inondations à Lomé

Armand
30 juillet 2026 288 vues 0 commentaires
Fort d’une expérience acquise dans plusieurs pays africains, Togo, en Côte d’Ivoire, au Gabon, au Burkina

L’ingénieur Ahmed Akakpo Victor appelle à une nouvelle stratégie d’assainissement pour éviter efficacement les inondations à Lomé

L’assainissement ne concerne pas seulement les ingénieurs, mais toute la société

Face à la multiplication des épisodes d’inondation à Lomé, les regards se tournent vers les solutions techniques, mais aussi vers les comportements citoyens et l’organisation urbaine. Ingénieur des travaux publics, Ahmed Akapo Victor, spécialiste des infrastructures routières et de l’assainissement, estime qu’une réponse durable passe par une approche globale associant l’État, les communes, les techniciens et les populations.
Fort d’une expérience acquise dans plusieurs pays africains, notamment en Mauritanie, au Togo, en Côte d’Ivoire, au Gabon, au Burkina Faso et au Bénin, où il a dirigé les travaux du Projet d’assainissement pluvial de Cotonou (PAPC), il livre son analyse sur les causes profondes des inondations à Lomé et propose des pistes de solutions.

Un parcours marqué par les grands projets d’infrastructures

Ingénieur en génie civil avec une spécialisation également liée aux matériels de travaux publics, Ahmed Akapo Victor se présente comme un ingénieur des travaux publics, une formation qui combine les aspects théoriques et pratiques des grands chantiers.
Il débute sa carrière en Mauritanie comme assistant au chef de mission de contrôle sur un projet de construction d’une route reliant la Mauritanie au Mali à travers le désert. Après cette première expérience, il revient au Togo où il occupe pendant plusieurs années les fonctions de directeur technique et directeur d’exploitation des travaux routiers dans une grande entreprise.
Son parcours l’amène ensuite en Côte d’Ivoire, au Gabon, au Burkina Faso puis au Bénin. Dans ce dernier pays, il est appelé à diriger les travaux du Projet d’assainissement pluvial de Cotonou, un chantier devenu aujourd’hui une référence dans plusieurs villes africaines.
« Lorsque je suis arrivé sur ce projet, la situation était très difficile. Après onze mois de travaux, l’avancement était seulement de 4 à 5 %. L’entreprise rencontrait d’énormes difficultés et il fallait trouver une solution rapidement », explique-t-il.
Grâce à une réorganisation du travail et à la mobilisation des différents acteurs, le projet a pu retrouver un rythme satisfaisant. Une expérience qui, selon lui, démontre l’importance de la coordination entre les entreprises, les autorités publiques et les structures techniques.

Lomé face aux défis de l’urbanisation et du changement climatique

Pour Ahmed Akapo Victor, les inondations à Lomé sont le résultat de plusieurs facteurs qui se combinent. Le premier concerne l’évolution rapide de la ville. « Lomé a connu une forte croissance démographique. Beaucoup de personnes venues de l’intérieur du pays se sont installées dans la capitale à la recherche d’opportunités. Cette croissance est normale, mais elle ne s’est pas toujours accompagnée d’une organisation suffisante de l’espace urbain », souligne-t-il.
Selon lui, plusieurs zones naturelles qui permettaient autrefois l’infiltration de l’eau ont progressivement disparu sous l’effet des constructions. Des espaces libres, des zones humides et certaines réserves naturelles ont été occupés, réduisant ainsi la capacité naturelle du sol à absorber les eaux de pluie.
L’ingénieur compare le sol de Lomé à un matelas capable d’absorber de l’eau. Mais lorsque ce matelas est saturé, il ne peut plus recevoir davantage d’eau. « C’est exactement ce qui se passe avec notre sol. Les déchets plastiques et les ordures jetés dans les rues empêchent également l’infiltration naturelle. Le terrain devient progressivement imperméable », explique-t-il.
À cette situation s’ajoute l’impact du changement climatique. Les anciennes infrastructures d’assainissement avaient été conçues sur la base de données pluviométriques qui ne correspondent plus aux réalités actuelles. « Avant, les études prenaient souvent comme référence des pluies de 90 à 100 millimètres par jour. Aujourd’hui, Lomé peut recevoir plus de 200 millimètres d’eau en quelques heures. Les ouvrages existants ne sont plus dimensionnés pour supporter ces volumes », affirme-t-il.

Des infrastructures qui doivent évoluer

Pour l’ingénieur, la question n’est pas seulement de construire de nouveaux ouvrages, mais surtout de réhabiliter et d’adapter ceux qui existent déjà.
Les caniveaux, les bassins de rétention, la lagune et les grands collecteurs doivent retrouver leur capacité initiale. Mais face à l’évolution du climat, il faudra également augmenter les capacités d’évacuation.
« Dans certains cas, il faudra multiplier les sections d’écoulement par quatre, cinq ou six selon les besoins ».
Parmi les solutions techniques envisagées figure la construction de caniveaux sous chaussée. Cette méthode consiste à utiliser l’espace situé sous les routes pour installer de grands ouvrages d’évacuation tout en permettant aux populations de continuer à circuler normalement. « Dans plusieurs pays, nous avons réalisé des ouvrages sous les routes. Les habitants utilisent la chaussée sans forcément savoir qu’un important système d’évacuation fonctionne en dessous », explique-t-il.
Cette approche permettrait de répondre aux contraintes d’une capitale dense où il est difficile de démolir entièrement les voies existantes pour agrandir les caniveaux.


La lagune, les bassins et les points naturels d’évacuation à préserver

Lomé dispose pourtant de plusieurs atouts naturels pour gérer les eaux pluviales. Parmi eux figurent les grands bassins, le fleuve Zio, la lagune et la mer.
Mais ces espaces doivent être entretenus régulièrement pour continuer à jouer leur rôle.
« Une lagune remplie de sable, de boue, d’herbes et de déchets ne peut plus assurer correctement l’évacuation des eaux. Elle devient même un obstacle », indique Ahmed Akapo Victor.
Le curage régulier des ouvrages et des points d’évacuation constitue donc une priorité. Il insiste également sur l’importance des stations de pompage, qui permettent de réduire le niveau d’eau dans les bassins lors des fortes pluies.
Cependant, il estime que Lomé doit aller vers des systèmes permanents plutôt que de dépendre uniquement des interventions d’urgence.
« L’idéal serait d’avoir des installations fixes capables de fonctionner automatiquement dès le début des épisodes pluvieux ».

Une responsabilité partagée entre l’État, les communes et les citoyens

Pour Ahmed Akapo Victor, aucune solution technique ne pourra fonctionner sans une organisation collective.
L’assainissement doit être considéré comme une chaîne dans laquelle chaque acteur joue son rôle. Une commune qui entretient correctement ses ouvrages peut quand même être confrontée aux difficultés si les zones voisines ne suivent pas la même démarche. « L’eau ne connaît pas les limites administratives. Elle circule d’un quartier à un autre. Il faut donc une coordination permanente entre les communes et les services de l’État ».
Les collectivités locales doivent également disposer de moyens techniques suffisants pour assurer l’entretien des infrastructures, la collecte des déchets et la gestion des espaces publics.
Mais la population a aussi une grande responsabilité. Le rejet des ordures dans les rues et les caniveaux contribue directement à l’aggravation des inondations. « L’assainissement ne concerne pas uniquement le génie civil. Il concerne aussi les comportements quotidiens des citoyens ».


Vers des états généraux de l’assainissement de Lomé

Face aux défis actuels, l’ingénieur appelle à une réflexion globale sur l’avenir de la capitale. Il propose la tenue d’états généraux de l’assainissement de Lomé réunissant ingénieurs, hydrologues, géographes, urbanistes, spécialistes de la santé, autorités publiques et représentants des populations.
Selon lui, le schéma directeur d’assainissement existant constitue une base importante, mais il doit être actualisé pour tenir compte de la croissance de la ville et des nouvelles réalités climatiques. « Le Lomé des années 1980 n’est plus celui d’aujourd’hui. La population a augmenté, la ville s’est étendue et les conditions climatiques ont changé. Il faut donc adapter nos stratégies », affirme-t-il.
Pour Ahmed Akapo Victor, l’objectif final doit être de faire de Lomé une ville mieux préparée face aux risques d’inondation. « Une ville bien assainie est une ville où les populations vivent mieux, avec moins de maladies et moins de risques liés aux eaux stagnantes. L’avenir de Lomé dépend de notre capacité à agir ensemble », conclut-il.

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