Jean-Noël Barrot en visite au Togo : Lomé cherche-t-elle à recoller avec Paris ?
Par Armando

Après plus de deux décennies sans visite officielle d’un ministre français des Affaires étrangères au Togo, l’arrivée de Jean-Noël Barrot à Lomé marque un tournant diplomatique qui ne doit rien au hasard. Derrière les déclarations protocolaires, ce déplacement relance une question centrale : assiste-t-on à un réchauffement stratégique entre la France et le Togo ?
Pendant longtemps, les relations entre Paris et Lomé ont été marquées par une certaine discrétion, voire une distance assumée. Une situation paradoxale, comme l’a lui-même reconnu le chef de la diplomatie française, au regard de « l’ancienneté, la densité et la diversité » des liens entre les deux pays. Héritage historique, coopération économique, présence culturelle : tous les ingrédients d’un partenariat solide existaient, mais sans réelle impulsion politique de haut niveau ces dernières années.
La visite de Jean-Noël Barrot vient donc corriger ce que Paris qualifie désormais « d’anomalie ». Elle s’inscrit surtout dans un contexte géopolitique en pleine recomposition. La France, fragilisée dans plusieurs pays du Sahel, cherche à redéfinir sa présence en Afrique de l’Ouest. Dans ce nouveau schéma, le Togo apparaît comme un partenaire stable, discret mais influent.
Lomé, de son côté, semble vouloir capitaliser sur cette nouvelle donne. Sous la conduite du président Faure Gnassingbé, le pays s’est imposé comme un acteur diplomatique actif, notamment dans les médiations régionales, en particulier dans la crise des Grands Lacs. Un positionnement qui renforce sa crédibilité sur la scène internationale et attire l’attention de partenaires comme la France.
Les échanges entre les deux parties ont d’ailleurs largement porté sur les grandes crises actuelles : instabilité au Sahel, tensions au Moyen-Orient, situation en Iran. Autant de dossiers sur lesquels le Togo tente de jouer un rôle de facilitateur, tandis que la France cherche des relais fiables dans une région devenue stratégique.
Cette visite prépare également le sommet « Africa Forward » prévu à Nairobi. Un rendez-vous où le Togo entend peser davantage, avec le soutien implicite de partenaires européens. Là encore, Paris semble vouloir accompagner Lomé dans cette montée en puissance diplomatique.
Mais cette volonté de rapprochement reste à nuancer. Si les intérêts convergent, les perceptions locales de la présence française en Afrique ont profondément évolué. La France n’est plus systématiquement perçue comme un allié évident, et Lomé, comme d’autres capitales africaines, diversifie ses partenariats, notamment vers la Chine, la Turquie ou la Russie.
la relation entre le Togo et la France pourrait entrer dans une nouvelle phase : moins asymétrique, plus pragmatique, et centrée sur des intérêts mutuels clairement définis.
La visite de Jean-Noël Barrot ouvre t'elle une séquence où Lomé tente de se positionner comme un acteur incontournable?