Ce que Gnimdéwa Atakpama a découvert en Roumanie va vous surprendre
Société

Ce que Gnimdéwa Atakpama a découvert en Roumanie va vous surprendre

Armand
08 mai 2026 630 vues 0 commentaires
Après six semaines de résidence littéraire en Roumanie, l’écrivain et conteur togolais Gnimdéwa Atakpama revient sur une expérience marquée par l’immersion et le dialogue interculturel

Gnimdéwa Atakpama : « Je ne suis pas allé en Roumanie pour représenter l’Afrique, mais pour écrire »

Après six semaines de résidence littéraire en Roumanie, l’écrivain et conteur togolais Gnimdéwa Atakpama revient sur une expérience marquée par l’immersion et le dialogue interculturel. Dans un entretien accordé à notre rédaction, il évoque les enjeux de cette résidence, son rapport à la littérature, ainsi que la place de l’écriture à l’ère de l’intelligence artificielle.

Vous venez de passer six semaines en Roumanie dans le cadre d’une résidence littéraire. Quelle en était la mission ?

Six semaines, précisément du 15 février au 26 mars 2026. En résidence d’écriture, le temps n’est pas qu’une durée : c’est une matière à travailler.

J’étais à Cluj-Napoca, la deuxième ville de Roumanie, dans le cadre d’un programme soutenu par l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF).

La mission était claire : m’immerger dans un territoire étranger, créer un dialogue entre les cultures togolaise et roumaine, puis en faire émerger une œuvre littéraire. Il ne s’agissait ni d’un reportage ni d’un essai académique, mais d’un texte vivant, exigeant, qui engage la présence, l’écoute et la prise de risque.

En somme, faire ce que je fais depuis vingt ans : raconter. Mais cette fois, depuis un endroit où personne ne m’attendait.

Cette résidence relevait-elle d’une démarche politique ou uniquement littéraire ?

Je ne fais pas cette distinction.

Pour moi, la littérature est toujours un acte politique au sens noble : elle interroge la cité, la mémoire et le vivre-ensemble.

Je suis à la fois conteur, stratège et citoyen. Ces dimensions ne se séparent pas.

Cette résidence était littéraire dans sa forme, francophone dans son cadre et profondément civique dans son intention. Elle montre qu’un auteur africain peut aller chercher de la matière en Europe de l’Est et y poser un regard singulier ni touristique, ni académique, mais narratif.

C’est un acte discret, mais un acte fort.

Qu’est-ce qui a motivé votre sélection pour une résidence aussi exigeante ?

Ce type d’opportunité ne s’obtient pas par hasard ; il se construit.

Mon parcours compte près de vingt ans de pratique du conte professionnel sur trois continents, des publications à Paris — notamment chez L’École des loisirs — ainsi que la création et la direction du Festival des Contes Solidaires au Togo.

À cela s’ajoutent mon travail en communication stratégique auprès d’institutions africaines et internationales, ainsi qu’une conviction forte : la narration est une architecture de pensée, pas un simple ornement.

L’OIF ne finance pas des amateurs. Elle soutient des auteurs capables de produire une œuvre. J’étais prêt.

Étiez-vous seul ou intégré dans un groupe international ?

La résidence reposait sur un dialogue à deux voix.

J’ai travaillé avec Bianca-Livia Bartoș, chercheuse à l’Université Babeș-Bolyai de Cluj-Napoca et spécialiste des littératures francophones. Ce n’était pas une simple cohabitation, mais une véritable co-création.

Autour de nous gravitaient des chercheurs, anthropologues et politologues roumains. Et au-delà des personnes, il y avait la ville elle-même : Cluj, devenue un personnage à part entière de l’œuvre.

Quels sont les résultats concrets de cette résidence ?

Un manuscrit intitulé Carnets de Cluj.

Structuré en deux parties, Arrivées et Strates, il prolonge naturellement mes Carnets de Lomé, à paraître chez Graines de Pensées.

Si Lomé était racontée de l’intérieur, Cluj est une exploration de l’ailleurs — ce moment où un lieu étranger commence à vous parler.

Le manuscrit est achevé et soumis à plusieurs maisons d’édition. Le résultat, c’est une œuvre qui existe et un regard transformé.

À l’ère de l’intelligence artificielle, la littérature a-t-elle encore un rôle ?

Plus que jamais.

Aujourd’hui, même les spécialistes de l’intelligence artificielle reconnaissent que la compétence la plus sous-estimée reste la maîtrise du langage : le choix précis des mots.

Une machine amplifie ce que vous lui donnez. Une langue pauvre produit des résultats pauvres.

Mais la littérature va au-delà. Elle témoigne, elle capte l’expérience humaine dans sa complexité : une rencontre, une errance, une mémoire.

Là où l’IA optimise, la littérature habite le réel.

Dans un monde accéléré, écrire devient un acte de résistance. Les récits lents rappellent que l’expérience humaine ne se compresse pas.

Je ne suis pas inquiet pour la littérature. Au contraire, elle devient stratégique.

Quel message souhaitez-vous adresser aux lecteurs ?

Allez ailleurs. Pas pour fuir, mais pour voir.

C’est dans l’étrangeté que le regard se forme. En quittant Lomé, on apprend à mieux la comprendre.

Aux jeunes auteurs togolais et africains, je veux dire que les opportunités existent — notamment à travers des institutions comme l’OIF. Mais elles exigent du travail, de la constance et de la cohérence.

Racontez. Voyagez. Revenez. Et racontez encore.

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