L’Afrique réclame une nouvelle carte du monde et le Togo est au premier plan du combat
Politique

L’Afrique réclame une nouvelle carte du monde et le Togo est au premier plan du combat

Armand
10 juin 2026 624 vues 0 commentaires
L’Union africaine veut remplacer la projection de Mercator, jugée défavorable à l’Afrique...

L’Afrique réclame une nouvelle carte du monde et le Togo est au premier plan du combat

Par Armando
Longtemps considérée comme une simple référence géographique, la carte de Mercator est aujourd’hui au cœur d’un débat mondial porté par l’Afrique. L’Union africaine souhaite remplacer progressivement cette projection vieille du XVIe siècle par une carte jugée plus fidèle à la réalité des continents. Derrière cette demande se cache une bataille à la fois scientifique, politique, symbolique et diplomatique.
Créée par le géographe Gérard Mercator pour faciliter la navigation maritime européenne, cette projection déforme fortement les dimensions des continents. Les régions proches des pôles, comme l’Europe ou le Groenland, apparaissent beaucoup plus grandes, tandis que l’Afrique semble réduite malgré ses plus de 30 millions de km². Sur certaines cartes, le Groenland paraît presque aussi vaste que l’Afrique alors que le continent africain est environ quatorze fois plus grand.
Pour l’Union africaine, cette représentation n’est pas anodine. Elle aurait contribué pendant des siècles à donner l’image d’une Afrique marginale, moins importante et dominée, influençant les imaginaires collectifs, l’éducation et même certains rapports de pouvoir internationaux. C’est dans cette logique que l’UA soutient désormais la projection Equal Earth, créée en 2018, qui représente plus équitablement les tailles réelles des continents.
Au-delà de la géographie, l’Afrique veut surtout corriger ce qu’elle considère comme une injustice symbolique héritée de l’époque coloniale. Cette initiative s’inscrit dans une dynamique plus large de décolonisation des savoirs, des récits et des représentations du continent.

Le Togo joue aujourd’hui un rôle central dans ce combat. Mandaté officiellement par l’Union africaine, Lomé devra porter cette question devant l’Assemblée générale des Nations unies en septembre 2026. À travers cette mission, le Togo cherche à renforcer sa visibilité diplomatique et à s’imposer comme l’un des porte-voix du panafricanisme sur la scène internationale.
Cette bataille présente plusieurs avantages pour l’Afrique. Elle pourrait permettre une représentation plus juste du continent dans les écoles, les médias et les institutions internationales, tout en renforçant l’estime et l’identité des jeunes générations africaines. Elle permet également à l’Afrique de démontrer sa capacité à influencer les grands débats mondiaux.
Cependant, les défis restent nombreux. La projection de Mercator est encore profondément intégrée dans les systèmes éducatifs, les technologies numériques et les outils de navigation utilisés dans le monde entier. Son remplacement demanderait des adaptations techniques importantes.
Les grandes puissances occidentales pourraient accepter cette réforme pour afficher une ouverture diplomatique envers l’Afrique sans réel coût économique ou stratégique. Dans un contexte mondial marqué par les débats sur les héritages coloniaux, soutenir une représentation plus équilibrée du monde pourrait apparaître comme un geste symbolique fort.
Mais certaines puissances pourraient également se montrer réticentes. Derrière la question des cartes se cache en réalité une remise en cause plus large de certaines représentations historiques dominantes. Plusieurs États pourraient craindre qu’un tel débat ouvre la voie à d’autres revendications africaines plus sensibles liées à la colonisation, aux réparations ou à la réforme des institutions internationales.
Le compromis pourrait finalement se situer dans une coexistence des projections : conserver Mercator pour certains usages techniques liés à la navigation et aux outils numériques, tout en adoptant progressivement des cartes plus équilibrées dans l’éducation et les institutions internationales.
Au fond, cette bataille dépasse largement la géographie. Pour l’Afrique, il ne s’agit pas seulement de changer une carte, mais de changer le regard porté sur le continent depuis plusieurs siècles.

 

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