Août 2017 aura révélé quelque chose de rarement observé dans la vie politique togolaise , une mobilisation qui avait dépassé les appartenances ethniques, les clivages partisans et même les frontières entre ceux qui se réclamaient du pouvoir et ceux qui le contestaient. Une partie importante de la population était descendue dans les rues, dans une démonstration de colère dont l’ampleur avait surpris l’État.
La tension était telle que les manifestants semblaient prêts à en découdre avec les forces de l’ordre. Une question demeure : qu’aurait-il pu se passer si les acteurs de cette mobilisation avaient disposé de la logistique nécessaire pour aller plus loin dans la confrontation ? Dieu merci, ce scénario ne s’est pas produit. Mais il rappelle à quel point la situation était devenue fragile.
Face à cette mobilisation, la réponse de l’État fut essentiellement sécuritaire. Du Sud au Nord, la répression fut à la mesure de l’ampleur de la contestation. Mais après un tel choc, une autre question aurait dû s’imposer : qu’est-ce qui n’a pas fonctionné pour que le mécontentement atteigne une telle dimension ?
Autrement dit, fallait-il seulement chercher à empêcher un autre 17 août, ou fallait-il surtout comprendre pourquoi un 17 août avait été possible ?
C’est dans ce contexte que la déclaration de Gilbert Bawara - « Il n’y aura plus de 17 août au Togo » - prend toute sa portée politique. Car empêcher une nouvelle mobilisation de cette ampleur n’est pas nécessairement résoudre les frustrations qui l’ont provoquée.
Et le prix payé fut lourd : des morts, des exilés et une société davantage marquée par la méfiance et la confrontation.
Près de neuf ans plus tard, la leçon reste entière. Le Togo ne peut durablement se construire dans un face-à-face où les uns cherchent à réprimer et où les autres refusent de se laisser réprimer.
Il faut souhaiter que chacun tire les conséquences de 2017. Que l’État n’attende pas que la colère atteigne la rue pour l’entendre. Et que ceux qui contestent ne laissent pas la colère politique conduire à une confrontation incontrôlable.
Car ce que le Togo doit absolument éviter, c’est que la crise politique franchisse un jour le seuil de l’irréversible. Pour que jamais le pays ne connaisse les tragédies du Soudan, de la Somalie ou du Mozambique.
Le véritable enjeu n’est donc peut-être pas qu’il n’y ait « plus de 17 août ». C’est surtout qu’il n’y ait plus jamais les conditions qui pourraient produire un autre 17 août.